Protection de l’enfance : bas les masques !

La protection de l’Enfance est devenue la grande orientation du mandat.

Très bien , les agents sont enfin entendus après 10 ans d’actions régulières pour dénoncer l’inertie du Département auprès de l’Enfance en Danger.

Il serait trop long de citer ici tous les groupes de travail mis en place à l’issue des mouvements de grève des travailleurs sociaux , les réunions sur ce sujet et comptes rendus sans suite durant ces 10 années.

On essaie de nous faire croire que ces retards sont liés aux mineurs isolés et que la nécessité de créer des lieux d’accueil pour eux a fait que les enfants maltraités en attente de placement ont été oubliés.

Les personnels qui travaillent avec les MNA (Mineurs Non Accompagnés) apprécieront, eux qui réclament des moyens supplémentaires et des prix de journée à la hauteur des besoins de ces jeunes.

Mais comment peut-on opposer ces deux populations tout aussi fragiles l’une que l’autre?

Certes, les mineurs isolés ont été beaucoup plus médiatisés durant ces années.

Des avocats ont mis en place des procédures pour que ces mineurs soient protégés. Personne, sauf des professionnels travailleurs sociaux n’a médiatisé l’absence de placement des enfants maltraités.

Aujourd’hui les mouches changent d’ânes, de nombreux médias ont dénoncé les manquements à l’Aide Sociale à l’Enfance, les maltraitances dans les institutions et le fait qu’un quart des SDF sont des anciens de l’ASE.

Alors voici le retour du CJM (Contrat Jeune Majeur) dont nous avions condamné l’arrêt. Mieux , il faut aujourd’hui « prendre en charge » les majeurs jusqu’à 21 voire 25 ans, très bien. Nous avons dénoncé depuis longtemps la mise à la rue dès 18 ans de ceux qui n’avaient pas de projet ni de poursuite des études : ce sont en priorité ceux qui n’ont rien, qui n’arrivent pas à s’insérer, qui doivent être soutenus.

Mais voilà, il s’agit aujourd’hui de s’occuper de ceux que l’on met à la rue à 18 ans. C’est dans l’air du temps, mais il vaudrait mieux prendre en charge ces jeunes plus tôt, lorsqu’il est encore temps, avant qu’ils ne soient trop abimés par des maltraitances quotidiennes où le seul refuge est de ne plus penser , où le cerveau se ferme pour ne pas souffrir (cf. le taux d’enfants handicapés prise en charge à l’ASE).

La réalité en Loire Atlantique est qu’il n’a été créé que 48 places d’accueil pour les mineurs en danger, en 10 ans.

La réalité en Loire Atlantique est que la population a grossi de 170 000 personnes en 10 ans, que les 3000 mineurs pris en charges ont vu leur nombre grandir de 3% par an.

La réalité en Loire Atlantique est qu’en 10 ans, nous avons perdu 650 places d’accueil chez les assistant.es familial.es. Les familles d’accueil sont parties à la retraite et elles sont peu nombreuses à vouloir aujourd’hui exercer ce métier mal considéré, mal rémunéré et très difficile. Certaines ont démissionné , les enfants que le département leur confiait étaient ceux dont les établissements pourtant mieux outillés ne voulaient pas. Comment réussir à protéger une vie de famille avec 1, 2 voire 3 enfants en grande difficulté sans pouvoir avoir un seul week-end de repos par mois ?

La réalité est qu’en Loire Atlantique ce que l’on appelle la prévention, c’est-à-dire les mesures dites de soutien à domicile (AED, SED,AEIMF, AEMO, …) ont plus de 650 situations en attente et ce, depuis des mois.

La réalité en Loire Atlantique est qu’entre le moment où une IP (Information Préoccupante) arrive à la CRIP (Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes) et le moment où après l’évaluation ,elle est prise en charge par une mesure d’AED, une année au moins s’est écoulée et les mineurs toujours pas protégés.

Alors oui, lorsqu’en mai 2021,vous vous êtes mobilisés en masse pour dénoncer votre impuissance à pouvoir exercer vos missions dans ce contexte, les élus en place ont enfin reconnu qu’il y avait un problème .

La nouvelle majorité en a fait un axe majeur de son projet. Enfin, nous sommes sortis du déni face aux manques de moyens et à la souffrance des agents .

Mais pour ne pas reconnaître l’importance et la nécessité de négociation avec les organisations syndicales signataire du protocole d’accord, le schéma départemental est mis en avant comme le sésame qui va tout résoudre.

Si le schéma départemental était la solution , nous aurions dû commencer par faire le bilan du dernier schéma départemental , cela aurait obligé nos responsables à beaucoup d’humilité.

Enfin et surtout tout le monde concède que l’absence de chiffres fiables ne permet pas d’analyser où sont les besoins , d’analyser ce qui a été fait pour savoir si c’est utile ou non.

Rien n’est évalué, aucun retour sur expérience ou RETEX.

De quoi a-t-on peur ?

Personne n’est dupe de cette supercherie qui consiste à renvoyer à la durée du mandat la résolution des problèmes.

Il s’agit aujourd’hui de rattraper 10 ans d’inaction.

Mais pendant ce temps le handicap acquis des enfants n’est pas réparable.

Le soutien à la parentalité ou les conférences familiales ne changeront pas la réalité des besoins actuels.

L’idéologie familialiste est très présente encore chez nous. Tout est fait pour éviter la séparation et le placement. Certes le manque de place, de moyens et de soins dans les lieux d’accueil , la vétusté des lieux et du mode de prise en charge ont participé aux freins , à la censure que chaque travailleur social et responsable s’imposent .

L’accueil d’urgence au Centre Départemental Enfance Famille qui vient d’être reconstruit mais s’avère déjà trop petit et ce dès son ouverture,  interroge sur l’évaluation des besoins.

Inverser la tendance demande aujourd’hui des moyens.

Mais les enfants et les professionnels n’en peuvent plus d’attendre. Et ce sans perspective concrète par faute de recrutement de professionnels qui plutôt que de venir travailler en Protection de l’Enfance en partent.

La question actuelle est surtout comment faire pour garder les équipes en place ?

Les agents du département se sentent aujourd’hui abandonnés en ayant le sentiment qu’il faut faire les yeux doux à l’associatif et à ses professionnels à l’image de la prime COVID donnée à ces derniers alors que les premiers en ont été privés.

La CGT a participé à tous les échanges dans le cadre du protocole d’accord pour faire entendre l’étendue et l’urgence des besoins.

Nous avons eu le sentiment pour la première fois sur ce sujet que les constats étaient partagés même si nous manquons toujours de chiffres fiables sur le sujet.

Ce qui manque dans la suite de ces premiers échanges , c’est la concrétisation par des places d’accueil et des embauches de travailleurs sociaux.

Le schéma départemental est une obligation. Il est intéressant de réfléchir aux grands axes de la protection de l’enfance pour les années à venir.

Mais ici et maintenant les besoins sont identifiés et pour tout de suite, pas pour la fin du mandat.

Les professionnels ne pourront attendre plus longtemps.

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