Cinquième question : que faut-il penser de l’emploi des termes « opération de denazification » de l’Ukraine ?

La propagande poutinienne insiste lourdement sur cet aspect.

A la source de cette propagande, il y a le fait bien réel qu’en 2014, lors des mobilisations de Maïdan qui ont conduit à la chute de Yanoukovitch, à la prise de la Crimée et à la guerre dans le Donbass (près de 14000 morts dont plus de 3000 civils), de nombreux groupes d’extrême droite ont occupé la rue, fait régner la terreur en pesant sur le président Porochenko et son administration. Plusieurs ministres d’extrême droite étaient même rentrés dans son gouvernement.

Mais le contexte est très différent aujourd’hui et on ne peut absolument pas qualifier Zelensky de nazi comme le fait la propagande russe. Comme le lui rappellent régulièrement les fachos ukrainiens, il se trouve être « juif de père et de mère ». En 2019, au moment de son élection, il était même plutôt présenté comme pro-russe, se trouvait de ce fait vilipendé par l’extrême droite ukrainienne et proposait une politique de dialogue et de réconciliation avec la Russie. Aux élections législatives qui ont suivi son élection, largement remportées par son parti, l’ensemble de l’extrême droite coalisée (Svoboda et Pravï Sektor) n’a rassemblé que 2,15% ne conservant qu’un seul élu (au scrutin majoritaire dans une circonscription) à la Rada tandis que la formation nationaliste de Oleh Liachko perdait tous ses sièges malgré un score de 4,01%. Il n’y a donc plus qu’un seul élu d’extrême droite sur les 450 que compte la Rada. Les autres sont soit issus du parti de Zelensky (254), soit des partis représentant plutôt les populations russophones d’Ukraine (49), soit de formations libérales pro-européennes (3 partis cumulant 71 sièges). Elu par une jeunesse qui avait soif de paix et d’ouverture du pays, Zelensky a indéniablement joué une carte d’arrimage de son pays à l’Europe continentale, mais n’était pas dans la surenchère et la provocation avec son voisin russe. C’est un libéral qui porte la responsabilité d’une réforme amoindrissant gravement les dispositions du code du travail, mais pas un nazi (la propagande du Kremlin ajoute « un drogué ») !

Rappelons en revanche :

  • que le Parti de Vladimir Poutine, Yedinaya Rossia, est jumelé avec le Rassemblement National en France ;
  • que nous avions en 2015 écrit à la FNPR, première organisation russe, pour lui signifier notre dégoût devant l’envoi de son numéro 2, également député à la Douma, au congrès de Lyon du Front National, pour y lire un message de sympathie et de solidarité ;
  • que la campagne de Marine Le Pen en 2017 a été financée par une banque tchèque majoritairement détenue par des fonds russes ;
  • que Marine Le Pen et Eric Zemmour étaient les principaux propagandistes de la Russie dans la campagne présidentielle en cours ;
  • que des membres de leurs équipes de campagne restent très liés au pouvoir russe et se taisent aujourd’hui
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